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Téhéran pourrait sortir gagnant de l’alliance entre Riyad, Ankara et Islamabad
L’accord signé par l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan pourrait renforcer le discours iranien et éloigner Riyad d’Israël, selon des experts.


L’accord de défense conjoint signé vendredi à La Mecque par l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan pourrait être perçu par l’Iran comme une victoire stratégique, malgré les incertitudes entourant son efficacité, selon des experts interrogés par le Jerusalem Post.
Le texte prévoit qu’une attaque contre l’un des trois pays sera considérée comme une attaque contre les deux autres. Il intervient après plusieurs mois d’offensives attribuées à l’Iran, aux Houthis et aux milices pro-iraniennes en Irak contre des pays du Golfe.
La chercheuse émiratie Huda Albadi a néanmoins qualifié cette alliance de « tigre de papier ». Elle estime que l’Arabie saoudite n’a pas répondu militairement aux attaques menées contre son territoire par l’Iran ou ses alliés.
Selon elle, les trois signataires préfèrent présenter Israël comme la principale menace régionale afin d’éviter une confrontation directe avec Téhéran et de préserver leur stabilité intérieure.
Cette orientation est notamment apparue dans les déclarations du ministre pakistanais de la Défense Khawaja Asif. Au lendemain de la signature, celui-ci a appelé à la formation d’un « front militaire uni » contre Israël, qu’il a décrit comme une menace pour le monde musulman.
L’Iran a publiquement accueilli favorablement le rapprochement. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Esmaeil Baghaei a salué toute initiative régionale reposant sur les « réalités géopolitiques » et ne dépendant pas exclusivement des États-Unis.
La position de Téhéran reste toutefois ambivalente. Selon Arman Mahmoudian, chercheur à l’Institut de sécurité mondiale et nationale de l’université de Floride du Sud, l’Iran pourrait s’inquiéter de voir trois grandes puissances sunnites renforcer leur coopération militaire.
Le Pakistan dispose de l’arme nucléaire, tandis que la Turquie possède l’une des armées conventionnelles les plus puissantes de la région. Cette alliance pourrait donc également servir à renforcer la dissuasion face à l’Iran et à ses groupes alliés.
Téhéran pourrait néanmoins se réjouir de voir Riyad diversifier ses partenariats militaires sans impliquer directement Washington. Un rapprochement de l’Arabie saoudite avec Ankara et Islamabad pourrait aussi réduire l’urgence d’une normalisation avec Israël.
L’un des intérêts d’un rapprochement entre Israël et l’Arabie saoudite résidait dans la possibilité d’obtenir, par l’intermédiaire de Washington, des garanties américaines de sécurité et une coopération dans le nucléaire civil.
Si Riyad estime pouvoir renforcer sa défense grâce à la Turquie et au Pakistan, cette incitation pourrait perdre de son importance. Arman Mahmoudian souligne toutefois que l’accord ne signifie pas nécessairement que l’Arabie saoudite rejoint un bloc ouvertement hostile à Israël.
Selon lui, Riyad n’a pas définitivement fermé la porte à une normalisation, notamment si des avancées interviennent sur la question palestinienne.
L’expert considère que ce pacte ne constitue pas encore un véritable « OTAN sunnite ». Il témoigne plutôt de l’émergence d’un Moyen-Orient multipolaire, dans lequel les États multiplient les partenariats pour réduire leur dépendance à une seule puissance.