"Parfois, j’ai l’impression qu’elle est à l'étranger, puis je me souviens", confie la mère de Shani Louk
"Je porterai ces images avec moi pour toujours", explique Ricarda Louk


Plus de deux ans après le massacre du 7 octobre, la douleur reste intacte pour Ricarda Louk, mère de Shani Louk, jeune Israélo-allemande assassinée par les terroristes du Hamas lors de l’attaque du festival de musique Nova. Dans un entretien accordé au journal juif allemand Jüdische Allgemeine, elle raconte un deuil qui ne s’apaise pas et un sentiment d’incompréhension face à ce qu’elle perçoit comme un effacement progressif de la mémoire du 7 octobre en Allemagne.
"Le temps émousse un peu la douleur, puis tout revient au 7 octobre, et je suis à nouveau choquée de réaliser que Shani n’est plus là", confie-t-elle. Par moments, dit-elle, l’illusion persiste : "J’ai l’impression qu’elle est encore à l’étranger et qu’elle va rentrer un jour frapper à la porte. Puis je me souviens des images, avec les terroristes et leurs fusils."
L’enlèvement et l’assassinat de Shani Louk ont marqué les esprits bien au-delà d’Israël. Les images de son corps, transporté dans une camionnette entourée de terroristes du Hamas, ont fait le tour du monde. Ces photos, prises par un photographe de l’Associated Press et primées par la suite, restent gravées dans la mémoire de sa mère. "Je porterai ces images avec moi pour toujours", explique-t-elle, évoquant aussi le moment où son fils s’est effondré en découvrant la vidéo.
Shani Louk a été ramenée pour être enterrée par l’armée israélienne en mai 2024. Pourtant, pour sa mère, l’Allemagne n’a jamais pleinement pris la mesure de ce qui s’est passé. Elle déplore que la question des otages, y compris des civils allemands détenus par une organisation terroriste, ait rapidement disparu du débat public. "Pourquoi l’Allemagne n’a-t-elle pas exercé davantage de pression sur le Hamas ?", interroge-t-elle, estimant qu’une telle pression aurait pu accélérer un cessez-le-feu.
Ricarda Louk s’indigne également des comparaisons qu’elle juge indécentes entre les victimes du terrorisme et les pertes civiles liées à la guerre. Elle cite notamment des réactions allemandes à un attentat terroriste à Jérusalem, où des civils avaient été abattus dans un bus, minimisées au motif qu’Israël aurait causé davantage de morts ailleurs.
Au-delà de la douleur, elle tient à rappeler qui était sa fille. Shani croyait profondément en l’humanité, répétant qu’"il n’y a pas de mauvaises personnes, seulement des personnes qui souffrent". Ouverte au monde, indifférente aux origines et aux religions, elle incarnait un idéal de tolérance que sa mère souhaite voir perdurer. "J’espère encore que quelque chose de bon pourra naître de ces horreurs", dit-elle, appelant la jeune génération allemande à réfléchir par elle-même, à s’informer sérieusement et à se méfier des slogans, de la haine et des fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux.