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André Kaspi : "l’intervention américaine au Vénézuela s’inscrit dans une longue tradition impériale"
Il analyse l’intervention au Venezuela comme l’expression d’une tradition ancienne de puissance américaine, tout en soulignant les interrogations qu’elle suscite au sein de l’opinion publique.


Invité lundi sur i24NEWS, l’historien André Kaspi, spécialiste reconnu des États-Unis, est revenu sur l’action américaine au Venezuela, en la replaçant dans une perspective historique de long terme. Selon lui, ce que certains qualifient aujourd’hui d’« impérialisme » n’a rien de fondamentalement inédit dans l’histoire américaine.
Kaspi rappelle qu’à la suite de la doctrine Monroe, formulée dès 1823, Washington a toujours considéré que l’ensemble du continent américain relevait de sa sphère d’influence. « Les États-Unis estiment avoir le droit d’intervenir en Amérique latine, en Amérique centrale, et même en Amérique du Nord », souligne-t-il, évoquant même le Groenland, objet d’une tentative d’achat par le président Harry Truman en 1947.
L’intérêt américain pour le continent ne se limite toutefois pas à des considérations idéologiques. André Kaspi insiste sur deux facteurs structurants : la position stratégique de l’espace américain et l’accès à ses ressources, dans un contexte de rivalités accrues, notamment avec la Chine. La présence chinoise au Venezuela, y compris au moment de l’opération américaine contre Nicolás Maduro, illustre cette concurrence d’influence.
Interrogé sur la réaction de l’opinion publique, l’historien se montre mesuré. Il observe que la majorité des Américains reste avant tout préoccupée par les enjeux du quotidien : coût de la vie, accès aux produits alimentaires, situation économique intérieure. La question centrale devient alors politique : cette stratégie internationale rapportera-t-elle des voix à Donald Trump ou risque-t-elle au contraire d’en coûter ? La réponse pourrait se dessiner lors des élections législatives prévues en novembre.
Enfin, André Kaspi met en doute l’impact réel de ces choix sur l’Américain moyen, estimant que les bénéfices économiques avancés profiteront d’abord aux grandes industries, en particulier pétrolières, révélant un possible décalage entre ambitions géopolitiques et réalités sociales aux États-Unis.