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Armand Shabazi : « Les chances de survie du régime iranien sont aujourd’hui proches de zéro »
Invité d’i24NEWS, le journaliste franco-iranien Armand Shabazi estime que l’accord annoncé entre Washington et Téhéran ne sauvera pas la République islamique.


Selon lui, le régime est confronté à des divisions internes sans précédent et à une crise existentielle.
Alors que Donald Trump affirme que l’Iran ne pourra jamais se doter de l’arme nucléaire et présente l’accord conclu avec Téhéran comme une avancée diplomatique majeure, le journaliste franco-iranien Armand Shabazi appelle à la prudence.
Invité ce lundi sur i24NEWS, il a estimé que le texte actuellement annoncé ne constitue pas un véritable accord de fond mais plutôt un cessez-le-feu temporaire.
« Si l’on regarde concrètement ce que contient cet accord, il s’agit avant tout d’un protocole et d’un cessez-le-feu. Nous ne connaissons pas encore le détail des dispositions qui seront réellement appliquées », explique-t-il.
Pour Armand Shabazi, le principal défi pour Téhéran ne réside pas dans la signature de l’accord elle-même mais dans son application.
Selon lui, les exigences américaines sont incompatibles avec l’ADN idéologique de la République islamique.
« Accepter pleinement les conditions imposées par les États-Unis reviendrait pour le régime iranien à tourner le dos à sa propre nature », affirme-t-il.
Le journaliste souligne que les oppositions les plus virulentes à l’accord proviennent aujourd’hui des courants les plus radicaux du régime.
« Ceux qui refusent de signer sont précisément les éléments les plus durs du pouvoir. Cela montre à quel point ces discussions provoquent des tensions internes importantes. »
Armand Shabazi affirme que les divisions au sein du pouvoir iranien sont désormais visibles publiquement.
Il évoque notamment des affrontements survenus récemment à Téhéran entre partisans et opposants à l’accord.
« Nous avons vu des scènes extrêmement rares. Des partisans du régime se sont affrontés entre eux dans la rue. Certains combats ont même impliqué des armes blanches. C’est un signal très fort de la fragmentation interne du système », explique-t-il.
Selon lui, ces événements témoignent d’une crise politique profonde qui dépasse largement la seule question nucléaire.
« Le régime tente de faire croire qu’il a sauvé sa peau »
Le journaliste estime que les autorités iraniennes cherchent aujourd’hui à présenter l’accord comme une victoire diplomatique destinée à assurer leur survie.
Mais cette lecture ne correspondrait pas à la réalité observée à l’intérieur du pays.
« Le régime veut convaincre la population qu’il s’en est bien sorti et que cet accord lui permet de sauver sa peau. Mais lorsqu’on lit la presse iranienne et que l’on observe les débats internes, on constate au contraire une grande inquiétude », affirme-t-il.
Pour Armand Shabazi, les véritables signaux d’un possible changement se trouvent aujourd’hui au sein même de l’appareil de pouvoir.
« Les signaux les plus importants sont silencieux. Ils viennent de l’intérieur du régime lui-même. »
Interrogé sur les perspectives d’avenir, le journaliste estime que la chute du régime ne dépend pas d’un seul événement mais d’un processus engagé depuis plusieurs années.
Il cite les mouvements de contestation populaires, les sanctions économiques, l’affaiblissement militaire de l’Iran et les pressions diplomatiques internationales comme autant de facteurs contribuant à fragiliser le pouvoir.
« Il y a eu une phase militaire, une phase économique et aujourd’hui une phase politique. Tout cela s’inscrit dans un même processus », explique-t-il.
Il considère également que la stabilité régionale reste étroitement liée à l’avenir de la République islamique.
« Tant que ce régime existera, Israël continuera de se sentir menacé. De nombreux pays du Golfe partagent aujourd’hui ce constat. »
Armand Shabazi estime toutefois que les motivations américaines ne sont pas uniquement liées à l’Iran.
Selon lui, Donald Trump avait besoin d’afficher un succès diplomatique avant le sommet du G7 et à l’approche d’échéances importantes pour les États-Unis.
« Trump voulait probablement présenter un résultat diplomatique. Mais cela ne signifie pas que les problèmes de fond sont réglés », souligne-t-il.
Pour le journaliste, l’accord annoncé ne marque donc pas la fin de la crise iranienne mais l’ouverture d’une nouvelle phase.
« Je reste optimiste pour l’avenir de l’Iran. Mais il faut rester vigilant. Aujourd’hui, les chances de survie du régime sont extrêmement faibles. À mes yeux, elles sont proches de zéro. »
Une analyse qui contraste avec le discours officiel de Téhéran et illustre les interrogations qui entourent l’avenir du régime après l’accord conclu avec Washington.