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Portrait | Aryeh Deri, l’incontournable chef du Shas
Le mouvement entend défendre les Juifs originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, longtemps marginalisés par les élites religieuses ashkénazes.


Né le 17 février 1959 à Meknès, au Maroc, Aryeh Deri arrive en Israël à neuf ans. Élevé dans un milieu religieux séfarade, il étudie dans plusieurs yeshivot avant de rejoindre le Shas, parti ultraorthodoxe fondé en 1984 sous l’autorité spirituelle du rabbin Ovadia Yossef. Le mouvement entend défendre les Juifs originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, longtemps marginalisés par les élites religieuses ashkénazes.
Deri gravit rapidement les échelons. En 1988, à seulement 29 ans, il devient ministre de l’Intérieur, le plus jeune de l’histoire d’Israël. Habile négociateur, il transforme le Shas en acteur incontournable des coalitions gouvernementales, capable de faire et de défaire des majorités.
Mais son ascension est brutalement interrompue par la justice. Condamné en 1999 pour corruption, fraude et abus de confiance, il passe près de deux ans en prison. Loin de disparaître, il prépare son retour. En 2013, il reprend la direction du Shas et retrouve progressivement les sommets du pouvoir.
En 2022, une nouvelle condamnation pour infractions fiscales le rattrape. Nommé ministre de l’Intérieur et de la Santé dans le gouvernement Netanyahou, il est contraint de quitter ses fonctions en janvier 2023, la Cour suprême jugeant sa nomination illégale. Un revers qui ne l’empêche pas de conserver une influence considérable dans les coulisses du pouvoir.
Allié historique de Benjamin Netanyahou, Deri défend les intérêts de l’électorat ultraorthodoxe : financement des institutions religieuses, aides aux familles nombreuses et maintien des exemptions militaires pour les étudiants des yeshivot. Sur ce dernier point, il se heurte à une opinion publique de plus en plus hostile aux privilèges accordés aux harédim, alors que la guerre impose de lourds sacrifices aux réservistes.
En juillet 2025, les ministres du Shas quittent le gouvernement pour protester contre l'absence de loi protégeant ces exemptions. Deri continue pourtant de peser sur les décisions de la coalition.
À l’approche des élections du 27 octobre 2026, il durcit ses exigences : le Shas ne soutiendra aucun gouvernement sans garantie législative sur le statut des étudiants religieux. Si son alliance avec Netanyahou reste privilégiée, le parti n’exclut plus totalement d’autres configurations politiques.
À la tête d’une formation qui avait obtenu onze sièges en 2022, Deri entend préserver son pouvoir de négociation. Malgré ses condamnations et les controverses, il demeure l’un des hommes les plus expérimentés de la politique israélienne, dont le soutien pourrait peser lourd dans la formation du prochain gouvernement.
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