Nord d’Israël : la peur d’un retrait du Liban-Sud
De nombreux habitants du nord d'Israël redoutent que le mémorandum conclu entre Washington et Téhéran n'entraîne un retrait de Tsahal du Liban-Sud, qu'ils jugent prématuré face à la menace du Hezboll


À Metoula, la ville la plus septentrionale d'Israël, le portrait de Donald Trump accroché dans le bureau du maire, David Azoulay, n'est pas un hommage mais un symbole de protestation. Le responsable local estime que la politique israélienne est désormais largement dictée par Washington, au moment où le Liban est devenu l'un des principaux points de friction des négociations entre les États-Unis et l'Iran.
« Depuis quatre mois, la politique d'Israël est entièrement guidée par Donald Trump », affirme David Azoulay. Selon lui, Benjamin Netanyahou se retrouve enfermé dans une relation avec le président américain qui limite sa marge de manœuvre. Il cite notamment le mémorandum d'entente signé entre Washington et Téhéran, qui prévoit notamment un cessez-le-feu sur plusieurs fronts, dont le Liban.
Cette perspective inquiète de nombreux habitants de la Galilée, région qui a subi près de trois années de tirs de roquettes du Hezbollah. Malgré le retour progressif de certains évacués, plusieurs localités restent largement désertées et de nombreuses entreprises n'ont toujours pas rouvert.
À Metoula, évacuée dès octobre 2023 par crainte d'une infiltration du Hezbollah similaire à l'attaque du Hamas du 7 octobre, seuls deux tiers des habitants sont revenus. Beaucoup doutent qu'un cessez-le-feu suffise à garantir leur sécurité.
« Il n'y aura pas de véritable cessez-le-feu. Les tirs de roquettes continueront par intermittence », estime Kobi Sarmili, éleveur de volailles à Margaliot. « Si Tsahal se retire, ce sera un enfer. Donald Trump est celui qui décide pour nous. »
Même inquiétude chez Miry Menashe, propriétaire d'un café à Metoula. Si elle soutient l'idée d'une solution diplomatique, elle estime que toute désescalade doit s'accompagner d'un déploiement effectif de l'armée libanaise au sud du pays.
« Si les États-Unis veulent faire partie de la solution, ils doivent aider le Liban à déployer son armée dans le sud, en la formant et en lui donnant les moyens nécessaires », explique-t-elle. « Monsieur Trump, si vous voulez être un ami d'Israël, soyez-en un. Ne soyez pas les deux à la fois. »
Selon un récent sondage cité par Bloomberg, 71 % des Israéliens estiment désormais que Donald Trump pourrait sacrifier les intérêts d'Israël dans le cadre d'un accord avec l'Iran. Cette évolution marque un net changement par rapport à l'automne dernier, lorsque deux tiers des Israéliens jugeaient que le président américain plaçait la sécurité d'Israël au premier plan.
Les critiques se multiplient également à l'encontre de Benjamin Netanyahou dans plusieurs bastions traditionnels du Likoud. À Kiryat Shmona, ville longtemps acquise au Premier ministre, de nombreux habitants expriment leur lassitude après près de trois ans de guerre.
« J'ai vécu toutes les guerres ici, mais la situation actuelle est la pire », témoigne Eliav Raichbach, propriétaire d'un garage touché par une roquette en 2024. « Quarante pour cent des commerces n'ont jamais rouvert et la moitié des habitants évacués ne sont toujours pas revenus. »
Autrefois soutien de Benjamin Netanyahou, Eliav Raichbach estime aujourd'hui qu'un changement est nécessaire. « Il n'y a personne d'irremplaçable. Benjamin Netanyahou a été bon pour Israël, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui », conclut-il.