Comment le régime iranien transforme-t-il les enfants en armes de guerre ?
Comment l’Iran transforme-t-il les enfants en outils de guerre ? Une étude détaille le recrutement de mineurs par Téhéran et ses alliés, entre endoctrinement, propagande et opérations militaires.

L'utilisation d'enfants dans les conflits armés est interdite par le droit international. Pourtant, selon une étude d'Océane Lagleyze, cette pratique demeure au cœur de la stratégie de l'Iran et de plusieurs groupes armés soutenus par Téhéran. Recrutement, endoctrinement, propagande, soutien logistique ou encore participation directe aux combats : les mineurs seraient intégrés à différents niveaux de l'appareil militaire iranien et de ses proxys.
Une pratique ancienne remise au goût du jour
L'étude rappelle que le recours aux enfants ne date pas d'hier. Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), plus de 550 000 mineurs auraient été envoyés au front, dont au moins 36 000 auraient perdu la vie. Endoctrinés dès leur plus jeune âge, ils étaient présentés comme des martyrs promis au paradis en cas de mort au combat.
Selon l'auteure, cette logique se poursuit aujourd'hui sous une autre forme. Depuis les frappes israélo-américaines contre l'Iran, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a lancé une campagne baptisée « Combattants pour la défense de la patrie iranienne », invitant des adolescents, parfois âgés de seulement 12 ans, à rejoindre les Bassidjis.
Des enfants affectés à des missions opérationnelles
D'après l'étude, ces jeunes ne seraient pas uniquement mobilisés pour des opérations de propagande. Ils participeraient à des patrouilles, contrôles d'identité, distributions de matériel militaire ou à des missions de soutien logistique.
Le document cite notamment le cas d'Alireza Jafari, 11 ans, tué en mars 2026 lors d'une frappe alors qu'il se trouvait sur un poste de contrôle à Téhéran. Sa mère expliquait avoir conduit ses deux fils sur place à la demande de leur père, membre des Bassidjis, afin de pallier le manque d'effectifs.
Amnesty International et Human Rights Watch ont dénoncé ces pratiques, estimant qu'elles pourraient constituer des crimes de guerre.
Le modèle exporté aux groupes alliés de Téhéran
Selon l'étude, cette stratégie dépasse largement les frontières iraniennes.
Elle affirme que des groupes soutenus par Téhéran, notamment le Hamas, le Jihad islamique palestinien et le Hezbollah, recourent également au recrutement et à l'endoctrinement de mineurs.
Le rapport évoque notamment des camps d'été où des enfants apprendraient le maniement des armes, l'infiltration par tunnels ou encore les enlèvements de soldats. D'autres seraient utilisés comme observateurs, messagers, transporteurs de munitions ou pour documenter les frappes israéliennes.
Écoles, hôpitaux et infrastructures civiles militarisés
L'étude affirme également que l'Iran et certains de ses alliés utiliseraient des infrastructures civiles à des fins militaires.
Elle cite une enquête d'Iran International selon laquelle, lors des frappes israélo-américaines de 2026, les autorités iraniennes auraient transféré personnels militaires, armes et équipements vers au moins 70 sites civils, dont 34 établissements scolaires, transformant potentiellement ces lieux protégés en objectifs militaires.
Le document revient également sur les accusations visant l'UNRWA concernant l'infiltration présumée de membres du Hamas et du Jihad islamique dans certaines écoles administrées par l'agence onusienne, accusations régulièrement démenties ou contestées par l'organisation.
L'enfant, une arme militaire et médiatique
Pour l'auteure, les enfants ne sont plus seulement des victimes collatérales des conflits contemporains. Ils deviennent également des outils militaires, psychologiques et informationnels.
Leur présence sur le champ de bataille compliquerait les opérations adverses tout en permettant d'exploiter politiquement et médiatiquement les pertes civiles, dans le cadre d'une guerre de l'information qui dépasse largement les combats eux-mêmes.
En conclusion, l'étude estime que l'absence de condamnations internationales définitives favorise un sentiment d'impunité et contribue à la banalisation du recrutement de mineurs dans plusieurs conflits au Moyen-Orient.
